Après des mois de sevrage, je me sens enfin guérie et prête à vivre sereinement mon abstinence. En effet j’ai suivi une cure de désintoxication au shopping. Chaque semaine, je me rendais dans un centre dédié aux shoppeuses anonymes et nous racontions nos dérapages de la semaine s’il y en avait eus. Pour commencer la séance, nous devions répéter tous ensemble « notre armoire est pleine et nous avons de quoi nous habiller pour les vingt prochaines années ». Incroyable le nombre de femmes mais également d’hommes dépendants au shopping. Rassurant parce qu’on se sent moins seule mais effrayant tout de même. Je pense d’ailleurs que le nombre de cas d’addiction au shopping est plus important que celui de la grippe A. Mais maintenant, tout est rentré dans l’ordre, je sais me contrôler. C’est pourquoi, lorsque ma sœur m’a proposé une journée de soldes, je n’ai pas paniqué. En effet, je suis guérie, mon coach me l’a officiellement annoncé au début du mois de janvier.

Donc, ce matin, départ pour la virée shopping. Avez-vous déjà repris la cigarette à en avoir la tête qui tourne mais continuer quand même ? Vous êtes vous déjà empiffré(e) après un régime à en avoir mal au ventre mais continuer quand même ? Et bien là, c’est pareil, sauf que c’est mon compte en banque qui souffre. A moi les tops soldés à 50%, les accessoires qui égaient le noir, le sac qui coûte un œil soldé à 20% seulement, les bottes pour l’hiver prochain, le tailleur classique pour un hypothétique entretien d’embauche. Je n’arrive pas à m’arrêter, telle une boulimique lâchée chez Ladurée. Parfois, ma sœur me regarde du coin de l’œil. Je tente de me justifier. Je lui raconte que mon homme a reçu une prime et qu’il m’a dit de me faire plaisir. Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai comme l’impression qu’elle ne me croit pas. Peut-être parce qu’elle connaît l’homme. Je suis débraillée et échevelée par tous mes essayages mais, je suis sur le point d’acquérir LE manteau en cachemire classique et indémodable quand le message « carte refusée » s’inscrit sur le petit écran du terminal bancaire. Enfer et damnation. Je balbutie un   « je suis désolée, je ne sais pas ce qui se passe avec ma banque ». Ma sœur m’interroge du regard, je fais comme si je ne la voyais pas et je sors.

Coup de grâce, la banque me lâche. Je suis vraiment seule au monde, personne ne me comprend !!!! Bouhhhhhh ! J’ai envie de me jeter sous les roues d’une voiture. Non, ce serait trop bête, je peux encore servir à quelqu’un. J’abandonne soeurette en prétextant un mal de tête abominable. J’appelle mon coach, je l’insulte. Sa méthode, c’est de la M_ _ _ E ! Pour le prix que je le paie, j’aurais pu m’acheter deux manteaux en cachemire ! Je retourne de ce pas au magasin pour faire mettre le manteau de côté jusqu’à demain. Je piocherai dans la cagnotte prévue pour le coach.

Tout à coup, je me sens détendue, je crois que je suis vraiment guérie. C’est vrai, avec les économies de la thérapie, j’aurais pu l’acheter en deux couleurs !

Melle TOC'APLUME